_ PATERSON _





Je suis en colère contre toi, et indignée, et ça me force à te dire en face un certain nombre de choses, sans mes détours de langage habituels. Tu peux prendre toute la littérature et celle de qui tu voudras et la balancer dans l’une de ces grosses bennes à ordures de la voirie, tant que le gratin des penseurs aux sensibilités les plus subtiles utiliseront leur pensée et leur sensibilité, non pas pour devenir eux-mêmes plus humains que le commun des mortels, mais pour éviter de mieux comprendre les gens qui les entourent – sinon en théorie, ce qui n’a pas le moindre bon dieu de sens.



William Carlos Williams in ‘ PATERSON ’ _ traduction Yves Di Manno _ Éditions Corti 2005.



Semaine 35/09








Une proximité pleine de plusieurs mondes, Pierre-Yves Freund et Arnaud Vasseux. Texte de Fabien Faure. Semaine 35/09, Editions Analogues, 2009.



ANALOGUES, maison d'édition pour l'art contemporain, Arles.




0907









Maison sur le flanc.
















... Marino resta silencieux un instant, comme cherchant pour ses pensées la clé d'un ordre difficile.

_ J'ai parlé, tout à l'heure, d'équilibre. Le rassurant de l'équilibre, c'est que rien ne bouge. Le vrai de l'équilibre, c'est qu'il suffit d'un souffle pour tout faire bouger. Rien ne bouge ici, et cela depuis trois cents ans. Rien n'a changé non plus de toutes choses, si ce n'est une certaine manière de leur retirer son regard. [ ... ] Les choses ici sont lourdes et bien assises, et tu t'efforcerais en vain de relever les pierres qui roulent chaque jour dans les fossés. Mais tu peux peut-être d'avantage. Il y a un comble d'inertie qui tient depuis trois siècles cette ruine immobile, la même qui fait crouler ailleurs les avalanches. C'est pourquoi je vis ici à petit bruit, et retiens mon souffle, et fais de cette coquille le lit de ce sommeil épais de tâcheron qui te scandalise. Il y a de la place ici, et le désert en a usé de plus vigoureux. [ ... ] Je te reproche de ne pas être assez humble pour refuser les rêves au sommeil de ces pierres ... Ils sont violents ... Je suis vieux maintenant et j'ai appris ce que c'est que mourir. C'est une chose difficile et longue, et qui réclame aide et complaisance. Je veux te dire ceci : toutes choses sont tuées deux fois : une fois dans la fonction et une fois dans le signe, une fois dans ce à quoi elles servent et une fois dans ce qu'elles continuent à désirer à travers nous. Je ne te reproche que ta complaisance.


Le rivage des Syrtes _ Julien Gracq _ Editions Corti, 1998.



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