Tu es pressé d’écrire
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S’il en est ainsi fais cortège à tes sources
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie
La vie inexprimable
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unir,
Celle qui t’est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens de ci delà quelques fragments décharnés
Au bout de combat sans merci.
Hors d’elle, tout n’est qu’agonie soumise, fin grossière.




_ René Char, dans ' Le marteau sans maître'' (1934)