' Un bout du pré '









Une a relevé le secret, c'est trÚs dangereux de relever les secrets, les choses premiÚres. S'est cassé la ligne à l'endroit du secret. On n'a pas retrouvé la parole perdue mais la conscience s'est accrue douloureusement dans la ligne brisée de la parole.

_ Caroline Sagot Duvauroux _ Un bout du pré.





[Photographie ©Mireille _ Les Petits Toits du Monde ]







_ Posons nos valises.









_ Ostie









_ Regard sur gestes.





Le rapport au rĂ©el, Ă  la matiĂšre, ĂȘtre de la sculpture.

Le passage du temps, tenter de lire la forme.


Photographier, caresser l'ombre.











Travailler avec qui maĂźtrise l'outil.

User de mains contraignant le plĂątre tenu en de fragiles gangues de nylon.

Contrainte.



Rien n'est simple ni épuré dans ce qui précÚde le geste, ou s'ensuit.

Sculpture donc, caresse de matiÚre, empreints d'images au réel proche, sans recherche de vouloir faire absolument, cela naßt de rencontres.

La présence du blanc quelquefois contrariée de rouge qui souligne ou s'estompe.

OĂč paumes contenant caressant une matiĂšre organique fragile prise dans le blanc.









Le calme apparent de la forme, lent Ă©coulement du fil du temps.




_ 'Comment sauver le peu qu'on engloutit ? ... '





Toute l’Ɠuvre de P-Y Freund rĂ©pond Ă  la question que pose Caroline Sagot Duvauroux * : “Comment sauver le peu qu’on engloutit ?” et que le monde lui-mĂȘme dĂ©vore. Le plasticien fait ressurgir non seulement les traces mais les lumiĂšres de tout ce qui se dĂ©fait. Textiles, moulages tirent du rien “tout ce qui reste” comme aurait dit Beckett. Comme lui, l’artiste fait de ce rien un tout en un cĂ©rĂ©monial qui n’a rien de dĂ©lĂ©tĂšre. Les survivances se transforment soudain en survivances Ă  la beautĂ© froide venue d’un surgissement intempestif. NĂ©ons, cubes conjurent Ă  leur maniĂšre l’immense charnier du temps selon une gĂ©omĂ©trie dans l’espace des plus impeccables.

Le crĂ©ateur projette des visions qui ouvrent Ă  une sorte d’universalitĂ©. Elles marquent une obsession, une hantise de l’entrave dont le crĂ©ateur veut libĂ©rer le monde comme s’il voulait rĂ©parer le trauma d’une Ă©poque qui croule sous les images, aussi rĂ©pulsives qu’attirantes et attractives, signes d’un implicite enfermement. Les Ă©pures de l’artiste permettent de penser l’ĂȘtre, son rapport Ă  l’autre, au monde en une concentration source de “simplicitĂ© ». Ses Ɠuvres produisent aussi une sensation quasi tactile de l’espace. Il joue ainsi sur deux registres : la jubilation d’un parcours initiatique qui provoque un ravissement mais aussi — car il faut bien l’appeler par son nom — le tragique de situation oĂč l’ĂȘtre semble perdu en une sorte de nĂ©ant.

Ce que l’artiste offre reste nĂ©anmoins harmonieux et accompli. Dans cet univers dĂ©peuplĂ© et de recueillement, ce qui y demeure “tient”. A ce titre, Freund pourrait faire sienne la phrase de Braque: “ une toile blanche ce n’est dĂ©jĂ  pas si mal ”; chez le plasticien c’est mĂȘme bien, car Ă  la fin il faut toujours revenir Ă  l’essentiel, l’image primitive et sourde. Une lumiĂšre surgit de sa cĂ©sure. Jamais loin du nĂ©ant, l’artiste atteint ainsi une sorte d’essence et de clartĂ© par ce dĂ©pouillement majeur lĂ  oĂč l’art semble se dĂ©rober mais rĂ©siste pourtant de maniĂšre essentielle.

C’est en ce sens que sous l’apparente banalitĂ© se cache ce qu’il y a de plus fantastique. L’image devient un seuil visuel particulier. Franchir ce seuil ne revient pas Ă  trouver ce qu’on attend. Mais c’est ainsi qu’il indique un rĂ©el passage : il ne risque pas, sa frontiĂšre passĂ©e, de rameuter du pareil, du mĂȘme. Si effet de miroir il y a, ce miroir est un piĂšge : l’Ɠil devient veuf de ce qu’il espĂšre ou serait en droit d’attendre.


Jean Gavard-Perret.


* Texte de Caroline Sagot Duvauroux, catalogue Pierre-Yves Freund, édité par le CRAC le 19 de Montbéliard, 2015.