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Maison sur le flanc.
















... Marino resta silencieux un instant, comme cherchant pour ses pensées la clé d'un ordre difficile.

_ J'ai parlé, tout à l'heure, d'équilibre. Le rassurant de l'équilibre, c'est que rien ne bouge. Le vrai de l'équilibre, c'est qu'il suffit d'un souffle pour tout faire bouger. Rien ne bouge ici, et cela depuis trois cents ans. Rien n'a changé non plus de toutes choses, si ce n'est une certaine manière de leur retirer son regard. [ ... ] Les choses ici sont lourdes et bien assises, et tu t'efforcerais en vain de relever les pierres qui roulent chaque jour dans les fossés. Mais tu peux peut-être d'avantage. Il y a un comble d'inertie qui tient depuis trois siècles cette ruine immobile, la même qui fait crouler ailleurs les avalanches. C'est pourquoi je vis ici à petit bruit, et retiens mon souffle, et fais de cette coquille le lit de ce sommeil épais de tâcheron qui te scandalise. Il y a de la place ici, et le désert en a usé de plus vigoureux. [ ... ] Je te reproche de ne pas être assez humble pour refuser les rêves au sommeil de ces pierres ... Ils sont violents ... Je suis vieux maintenant et j'ai appris ce que c'est que mourir. C'est une chose difficile et longue, et qui réclame aide et complaisance. Je veux te dire ceci : toutes choses sont tuées deux fois : une fois dans la fonction et une fois dans le signe, une fois dans ce à quoi elles servent et une fois dans ce qu'elles continuent à désirer à travers nous. Je ne te reproche que ta complaisance.


Le rivage des Syrtes _ Julien Gracq _ Editions Corti, 1998.



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