Plus que tout, il aimait être dans le champ des faucons. Pour y parvenir, il lui fallait traverser le champ aux pommes du diable. Le sentier était rouge entre les pierres et, l'été, poudreux. Les branches anguleuses des buissons lui arrivaient à la taille. Les pommes, elles, n'avaient pas l'air de pommes, elles étaient petites et vert vif, il sentait leur poison rien qu'à les regarder. Plus tard, elles allaient noircir, se rider, rabougrir. De leur pulpe desséchée on pourrait extraire un philtre de mort. Le champ suivant était celui des figues, parce qu'en son milieu se dressait un figuier entouré d'un muret de pierres. Il y régnait une odeur douceâtre. Les branches surplombaient le mur, au mois le plus chaud on pouvait y cueillir les figues violettes. Ensuite seulement venait le champ des faucons. Dans la grange en ruine il y avait encore de la cendre, quelqu'un avait allumé un feu dans un trou au sol. La grange s'adossait à la paroi rocheuse où nichait le couple de faucons, souvent il entendait leur cri altier. Avec le soleil couchant il voyait son ombre se découper sur l’ardoise embrasée. Encre sur encre, absence de lui même tant qu'il ne bougerait pas.
Autoportrait d'un autre _ Cees Nooteboom