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Etre fouillé


Mémoire, présent, projection vers le futur : comment l’œuvre de P-Y Freund pense-t-elle et nous fait penser ? Comment procède-t-elle avec le temps lui-même pour bouleverser nos espaces familiers et ceux de notre enfance afin de nous brasser au dedans en touchant nos lieux, nos "aîtres" (G. Didi-huberman) ? C'est à ces questions que l’artiste répond.
L'état naissant qu'il provoque avec l'insurrection de la disparition, de l’effacement n'a rien d'une nostalgie simplement orientée vers notre origine en tant que source perdue de qui nous fûmes et de qui nous sommes. Certes- et comme on dit - il y a de cela. Mais ce n'est pas tout. L'artiste crée en effet une dialectique entre deux temporalités : celle du présent (ne serait-ce que et déjà celui de la création), celle du passé repris, "volé".

C'est en effet lorsqu'elle surgit dans le présent non seulement comme source mais comme tourbillon que l'image du passé nous touche. Et ce parce que l'artiste ne l'idéalise pas dans son anamnèse picturale. P-Y Freund cherche et exhume pour les "reprendre" des images mères. Et pour lui, créer revient à faire une fouille afin qu'une autre forme s'exhausse dans le génie du lieu par le génie du temps. La création devient mémoire primitive mais par sa matière même et les formes qu’elle engendre.

Fouiller ce n'est donc pas arpenter les dépôts pour en retirer les choses, les formes premières et dernières, c'est les œuvrer pour qu'elles portent en elles la mémoire de leur devenir et qu’elle recréent une étincelle, un embrasement qui fait passer d'une mémoire anonyme à une mémoire personnalisée, d'une mémoire collective à une mémoire intime.

A partir d'une forme en négatif (moulage ou trou), P-Y Freund crée par l'archéologie de sa prise, une archéologie du sujet. C'est aussi une manière de descendre (et de nous faire accéder) à notre cerveau mais aussi l' affect et le corps. L'artiste crée une excavation. Il cherche sans cesse à faire sortir « du trou » des images afin de mettre à nu les "aîtres" de celui que nous devenons en cette conflagration communicante, en cette injonction silencieuse. Alors, oui, nous touchons bien là à l'affect et à la pensée.

Jean-Paul Gavard-Perret

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A croire, d'une pièce à l'autre, que Pierre-Yves Freund décline certains modes d'évanouissement, ou de retrait, souffre, plus que quiconque peut-être, une surexposition encore à croître. Être ici, en train de voir, aurait cette issue (cette manière d'effacer et de s'effacer), juste avant que plus rien ne se manifeste, y compris le dissemblable.

Sauf que percent, d'ici là, autant d'épiphanies abruptes, bouts d'apparition entre germe et reste. Coque, cocon. Reliques noircies de résilles. Matière d'un os ou d'organes. Des formes en outre se resserrent , s'enveloppent, s'amenuisent : glande, gland, blanc.

Replis provisoires en guise d'abris, pour que ça tiennent un peu, ne cède qu'après, ayant déjà commencé sans notre approbation, pour la requérir.

Blanc, presque toujours sollicité, quelque soit la chose qui vient s'y prendre : objets comme énucléés dés qu'il les fixe, arrêtes irradiées par lui, reliefs d'images ou chutes, pertes rougies, graphies métalliques qui l'évident, le teintent à l'interne, hantent de loin ce fantôme.


S'il sombre sous nos yeux _ blanc qui ne l'est jamais, hors d'atteinte
malgré son irruption, comme hors des corps qui l'incarnent _ encore
sommes-nous à y prendre appui, respirer en sa césure, le recueillir en lui
qui nous recueille.


Yvan Borin

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